La revue

Glossaire

Les mots-clés, en bref. Pour les déployer, suivez les essais.

Al-ākhira

En arabe, 'ce qui vient après' : la vie future dans la cosmologie islamique. Terme souvent traduit par 'au-delà' ou 'vie éternelle'.

Al-ʿAwlالعَوْل

Littéralement "l'augmentation" : mécanisme juridique islamique utilisé en cas d'héritage où la somme des parts coraniques attribuées aux héritiers dépasse mathématiquement l'unité. La solution classique (al-ʿawl) consiste à réduire toutes les parts proportionnellement. Les Compagnons eux-mêmes ont divergé sur ce point : Omar ibn al-Khattab optait pour l'al-ʿawl, Ibn Abbas pour une autre répartition.

→ La source et le fleuve

ʿAlam al-Mithāl

Le monde des images archétypales dans la cosmologie islamique classique, traduit par Henry Corbin comme Mundus Imaginalis. L’espace intermédiaire où les esprits se corporalisent et les corps se spiritualisent.

Al-dunyā

En arabe, 'ce qui est proche' : désigne cette vie terrestre, par opposition à al-ākhira. Non pas une condamnation du monde, mais un rappel de sa place relative.

al-Kitābالكتاب

Le Livre : pour Shahrour, la totalité du révélé, dont le Coran n'est qu'une part.

→ Shahrour : le Livre et le Coran

Anattā

Le « non-soi » du bouddhisme : aucun moi permanent ne se cache derrière l’expérience ; le « je » est un flux, et s’y agripper fait souffrir. Non pas « tu n’existes pas », mais « rien de fixe ne te sous-tend ».

→ Les destins du moi

Apatheia

Chez les stoïciens, l'absence de passions-troubles : non l'insensibilité, mais la liberté à l'égard de ce qui nous agite sans raison.

Ashʿarismeالأشعرية

École de théologie sunnite fondée au Xe siècle par al-Ashʿarī, qui place la raison au service d'une lecture juste du texte révélé. Théologie dominante du monde sunnite pendant environ neuf siècles.

L'autre histoire de l'islam sunnite

Athariالأثرية

Approche théologique qui part directement du texte révélé et de la fiṭra, affirmant le sens apparent des versets sur les attributs divins sans l'interpréter (bilā kayf). Référence d'Ibn Taymiyya puis du wahhabisme.

L'autre histoire de l'islam sunnite

ʿAql

La raison, l'intellect, en arabe. Dans le Coran, le verbe ʿaqala (d'où vient ʿaql) signifie 'attacher, retenir' : la raison comme ce qui retient et maîtrise.

Archétype

Chez Jung, un motif universel qui structure l'inconscient collectif : le héros, l'ombre, le vieux sage, la mère, et d'autres figures que l'on retrouve dans tous les mythes et tous les rêves.

Āyaآية

Le signe. Le même mot désigne un verset du Coran et toute chose du monde : la nature se lit comme un texte.

→ Les signes

Āyāt

Pluriel de āya : à la fois 'verset coranique' et 'signe'. Le Coran utilise le même mot pour désigner les versets du texte et les signes dans la création.

Barzakh

En arabe, l’isthme, la zone entre deux mers. Dans le Coran (55:19-20), il sépare deux mers sans les laisser se mélanger. Dans la cosmologie islamique et soufie, il désigne le monde intermédiaire entre le visible (shahāda) et l’invisible (ghayb), l’espace où le Monde Imaginal prend forme.

Bāṭin

Le caché et l’apparent : les deux régimes d’un texte, sa lettre immédiate et son sens profond.

Bāṭin · Ẓāhirباطن · ظاهر

Le caché et l’apparent : les deux régimes d’un texte, sa lettre immédiate et son sens profond.

→ La lecture symbolique

Bilā kayf

'Sans demander comment' : position théologique de certains savants musulmans face aux attributs divins anthropomorphes (Dieu 's'installe sur le Trône') : on accepte le texte sans chercher à savoir comment cela se passe.

Burhānبرهان

La démonstration : la preuve rationnelle rigoureuse, celle du philosophe et du savant.

→ Averroès et le droit de la raison

Champ sémantiqueIzutsu

L’idée que le sens d’un mot vient de ses relations aux autres mots, non d’une définition isolée. Le Coran réorganise les champs autour du mot-foyer Allāh.

→ Les mots et le monde

Compensation

Chez Alfred Adler, la façon dont chacun répond à son sentiment d'infériorité : apprendre, contribuer, se rendre utile, trouver sa place dans un groupe.

Composition concentriquemiroir

Structure en miroir (A B C B′ A′) propre aux textes sémitiques, où le centre porte souvent la clé.

→ La rhétorique sémitique

Contenu latent

Chez Freud, le sens caché d'un rêve, derrière son contenu manifeste : ce que le travail d'interprétation cherche à dégager.

Contenu manifeste

Chez Freud, le rêve tel qu'on le vit et le raconte, par opposition au contenu latent, son sens caché que le travail d'interprétation cherche à dégager.

DésenchantementWeber

Le retrait du sacré et du mystère du monde sous l’effet de la rationalisation moderne (Max Weber).

→ Le désenchantement du monde

Désir mimétique

Chez René Girard, le mécanisme par lequel on désire non pas spontanément un objet, mais ce qu'un autre désire : le désir naît de l'imitation d'un modèle, pas d'un besoin propre.

Dhikrالذكر

Le Rappel : pour Shahrour, la mise en forme arabe et récitable du Coran, sa face audible.

→ Shahrour : le Livre et le Coran

Dhikr al-mawt

Le rappel de la mort dans la tradition islamique : non un exercice morbide, mais une pratique de lucidité pour remettre les priorités à leur juste place.

Énantiodromie

Chez Jung, la loi selon laquelle ce qu'on refoule ou ignore ne disparaît pas, mais s'accumule et revient par-derrière en sens contraire, souvent avec d'autant plus de force qu'on l'a longtemps ignoré.

Être-pour-la-mort

Chez Heidegger, la reconnaissance que la mort est l'horizon certain et personnel de toute existence. Non un pessimisme, mais une invitation à vivre de façon authentique, comme si la vie t'appartenait vraiment.

Fanāʾ

Dans le soufisme, l'extinction du moi (nafs) dans l'union avec le divin : la dissolution de l'ego comme aboutissement du chemin spirituel.

Fiṭraفطرة

La disposition originelle : la nature première inscrite en l'humain avant toute culture, racine du sens moral.

→ La fiṭra et la dignité

Furqānالفرقان

Le Critère : le noyau moral commun à tous les messagers, ce qui distingue le bien du mal.

→ Shahrour : le Livre et le Coran

Ghaḍḍ al-baṣar

Littéralement 'baisser le regard' (Coran 24:30-31). Non pas fermer les yeux, mais abaisser une partie du regard : une posture générale de mesure et de maîtrise de ce qui entre en soi.

Ghayb

L’invisible, ce qui est caché au sens percevant dans la cosmologie islamique. S’oppose à shahāda. Le Coran s’ouvre sur les croyants qui ‘croient au ghayb’.

Hanbalitesحنابلة

Partisans du hanbalisme, l'une des quatre grandes écoles juridiques du sunnisme, fondée sur l'enseignement d'Ahmad ibn Hanbal (m. 855). La plus attachée à une lecture directement textuelle ; c'est d'elle qu'est issu le courant athari.

L'autre histoire de l'islam sunnite

Hawāهوى

Le penchant, le caprice, le désir qui tire vers le bas. Le Coran avertit contre celui qui « prend son hawā pour dieu » (45:23) : c’est lui qui aveugle et finit par sceller le cœur.

→ Le cœur

Ḥudūdحدود

Les limites. Chez Shahrour, les bornes (un plancher, un plafond) entre lesquelles la raison humaine reste libre de légiférer.

→ Shahrour : le Livre et le Coran

Ḥulm

Le rêve ordinaire dans la tradition islamique, par opposition à la ruʾyā. Peut venir du soi ou, selon la tradition, d'influences perturbatrices.

Ḥuqūq al-ʿibād

Les droits que les personnes ont sur nous dans la tradition islamique : une catégorie de devoirs envers autrui aussi importante que les devoirs envers Dieu.

Iblīsإبليس

Celui qui refuse de se prosterner par orgueil (« je suis meilleur », 7:12) et « dévie de l’ordre » (amr) de son Seigneur (18:50). Lu symboliquement : le principe du refus de l’ordre, non une puissance rivale de Dieu.

→ Le souffle

Ibtilāʾابتلاء

L’épreuve : la vie comprise comme test, motif central de la lecture coranique du mal et de la souffrance.

→ Le problème du mal

Iḥsān

En arabe, la beauté, l'excellence et la bonté réunies en un seul mot. Dans un récit classique de la tradition islamique, l'ange Gabriel demande au Prophète ﷺ de définir l'excellence spirituelle. Réponse : 'Adore Dieu comme si tu Le voyais ; et si tu ne Le vois pas, sache qu'Il te voit.' Une définition non pas de la beauté, mais d'une qualité de présence : agir sous un regard complet, même quand on ne le perçoit pas.

Iʿjāzإعجاز

L’« inimitabilité » du Coran. Au sens moderne et contesté, l’apologétique des « miracles scientifiques » qui prétend y trouver la science d’aujourd’hui.

→ Les deux livres

Ijtihād

En droit islamique, l'effort de raisonnement personnel pour déduire une règle d'une situation nouvelle à partir des sources. Opposé au taqlīd, l'imitation sans examen. La fermeture progressive des "portes de l'ijtihād" à partir du IVe siècle de l'hégire est l'un des débats les plus vifs de la pensée islamique contemporaine.

→ La source et le fleuve

Ijmāʿإجماع

Le consensus des savants musulmans. Troisième source du droit islamique après le Coran et la Sunnah. Quand les juristes s'accordent sur une règle, ce consensus a valeur juridique et comble les cas que les textes n'ont pas explicitement prévus. Son périmètre (qui compte comme savant ? sur quelle période ?) est lui-même débattu.

→ La source et le fleuve

ʿIlm ladunīعلم لدني

La science « d'auprès de Dieu » : la connaissance directe, non apprise, dont Khidr est la figure.

→ Le Confluent des deux mers

ʿIlm ladunî

Le savoir « venu d'auprès de Dieu » : reçu directement, non par apprentissage ni raisonnement, comme celui de Khidr dans le récit coranique.

Inconscient collectif

Chez Jung, la couche de l'inconscient commune à toute l'humanité, faite d'archétypes : des dispositions héritées, non du contenu, qui structurent les images et récits de toutes les cultures.

Individuation

Chez Jung, le travail d’une vie : devenir soi en intégrant l’inconscient, l’ombre d’abord, pour passer du petit moi (l’ego) au Soi, centre plus vaste de la psyché.

→ Le Confluent des deux mers

Iqraʾاقرأ

« Lis » : le premier mot révélé (96:1). Il place la connaissance à la source même de la révélation, avant tout article de foi.

→ Le premier mot

Iṣṭafāاصطفى

Élire, choisir le meilleur parmi plusieurs. Que Dieu ait « élu » Adam (3:33) suppose un ensemble : on ne choisit pas l’unique, ce qui nourrit la lecture d’un humain distingué d’entre d’autres vivants.

→ Le souffle

Je-Cela

Chez Martin Buber, le mode de relation où l'autre est traité comme un objet, un rôle ou un moyen, par opposition au Je-Tu, la rencontre vraie. Le monde Je-Cela est nécessaire, mais problématique quand il envahit ce qui devrait être rencontre.

Jarḥ wa-ta'dīlجرح وتعديل

Littéralement "la blessure et la rectification" : science islamique classique d'évaluation critique des transmetteurs de hadith. Chaque maillon de la chaîne de transmission est analysé : sa fiabilité, sa mémoire, ses éventuelles erreurs. C'est le principal outil développé par la tradition pour distinguer hadith authentiques et inauthentiques.

→ La source et le fleuve

Je-Tu

Chez Martin Buber, le mode de relation où l'autre est rencontré comme un sujet entier, une présence irréductible à son rôle ou à son utilité. Son contraire, le Je-Cela, est la relation où l'autre devient objet ou moyen.

Kalamالكلام

Littéralement « la parole » : la théologie spéculative islamique, qui argumente rationnellement sur les questions de foi. L'ashʿarisme et le māturīdisme forment ensemble le « kalam sunnite classique ».

L'autre histoire de l'islam sunnite

Karāmaكرامة

La dignité conférée à l'humain : « Nous avons honoré les fils d'Adam » (17, 70). Intrinsèque, non méritée, non conditionnelle.

→ La fiṭra et la dignité

Kasbكسب

L’« acquisition » : le compromis d’al-Ashʿarī où Dieu crée l’acte et l’homme se l’approprie.

→ Le libre arbitre et le décret

Ketmān

Concept islamique traduit par Henry Corbin par ‘discipline de l’arcane’ : la discrétion sur ce qui ne peut se transmettre que par l’expérience directe, non par le discours. Jung et Corbin l’ont pratiquée sur leur convergence.

Kufrكفر

Couvrir, recouvrir, d’où l’ingratitude. Pour Izutsu, l’incroyance est d’abord une ingratitude du cœur, le contraire de la gratitude (shukr), non une erreur de raisonnement.

→ Les mots et le monde

Logothérapie

Thérapie fondée par Viktor Frankl : soin par le sens. Sa thèse : la première motivation de l'être humain est la quête de sens, non le plaisir (Freud) ni la puissance (Adler).

Mālikiteمالكية

Relatif au mālikisme, l'une des quatre grandes écoles juridiques du sunnisme, fondée sur l'enseignement de Mālik ibn Anas (m. 795). Dominante en Afrique du Nord et de l'Ouest, historiquement associée à la théologie ashʿarite.

Maraṇasati

En pali, la pleine conscience de la mort : l'une des méditations bouddhistes les plus directes, qui consiste à visualiser sans détournement du regard le fait que ce corps mourra. Non pour se déprimer, mais pour couper l'illusion d'un temps illimité.

Māturīdismeالماتريدية

École de théologie sunnite très proche de l'ashʿarisme, fondée au Xe siècle par al-Māturīdī à Samarcande. Domine le monde turcophone et l'Asie centrale.

L'autre histoire de l'islam sunnite

Mawlidمولد

Célébration de la naissance du Prophète, pratique répandue dans les traditions ashʿarite et soufie mais contestée comme innovation par les courants athari et salafi.

Meditatio mortis

Dans la philosophie stoïcienne, la méditation sur la mort comme exercice de retour à l'essentiel. Sénèque y voit non un sujet d'angoisse, mais un test de ce qui vaut vraiment la peine.

Mīzān

La balance, la mesure, l'équilibre : l'un des concepts centraux du Coran, qui l'associe à la justice cosmique et à la juste mesure dans les actes humains.

Mundus Imaginalis

Terme latin créé par Henry Corbin pour désigner le monde imaginal, 'Alam al-Mithāl en arabe : un espace intermédiaire entre le monde sensible et le monde purement divin, où les symboles, les archétypes et les figures des visions ont une réalité propre. Distinct de l’imaginaire : non pas ce qui n’existe pas, mais ce qui existe selon un autre mode d’être.

Murāqaba

Dans la tradition islamique, la vigilance intérieure : conscience d'être sous le regard de Dieu, et par extension, qualité de présence attentive au moment et à l'autre.

Muḥkamātمحكمات

Les versets "univoques" du Coran, clairs dans leur sens, qui constituent le fondement du Livre selon le verset 3:7. Ils forment "l'Umm al-Kitāb", la mère du Livre. Opposés aux mutashābihāt. La question de savoir quels versets appartiennent à chaque catégorie est elle-même débattue.

→ La source et le fleuve · → La lecture symbolique

Mutashābihātمتشابهات

Les versets "équivoques" du Coran, dont le sens résiste à une lecture définitive (3:7). Seul Dieu, dit le verset, en connaît la vraie interprétation. Opposés aux muḥkamāt. La posture juste face à ces versets est, selon la tradition, l'humilité : "Nous y croyons, tout vient de notre Seigneur."

→ La source et le fleuve · → La lecture symbolique

Muʿtazilitesمعتزلة

Partisans du muʿtazilisme, courant rationaliste de la théologie islamique classique (VIIIe-Xe siècle), qui fait de la raison le juge ultime, y compris sur la nature de Dieu. Al-Ashʿarī en fut d'abord un disciple avant de fonder, en réaction, l'ashʿarisme.

L'autre histoire de l'islam sunnite

Nafsالنفس

Le souffle, l'âme-soi. Le Coran en décrit trois stations : instigatrice (ammāra), qui se blâme (lawwāma), apaisée (muṭmaʾinna).

→ L'ombre et le nafs

Nahḍa

La renaissance culturelle et intellectuelle du monde arabe au XIXe et début XXe siècle : mouvement de réforme qui cherchait à concilier modernité et tradition islamique.

Nāsikh wa-l-mansūkhناسخ ومنسوخ

Littéralement "l'abrogeant et l'abrogé" : principe selon lequel certains versets coraniques ou hadith abrogent des règles antérieures. Permet de réconcilier des textes apparemment contradictoires en les situant dans une chronologie de révélation. L'étendue de l'abrogation et les critères pour la déterminer sont parmi les questions les plus débattues de la méthodologie juridique islamique.

→ La source et le fleuve

Nirvāṇa

Dans le bouddhisme, l'extinction de la soif (taṇhā) et donc de la souffrance qu'elle engendre : non un lieu, mais la fin d'un mécanisme.

Ombre

Chez Jung : le Soi est le centre total de la psyché ; l'ombre, la part de nous que nous refusons de voir.

Phénoménologie

Méthode philosophique fondée par Edmund Husserl au début du XXe siècle, qui consiste à décrire rigoureusement les phénomènes tels qu'ils se donnent à la conscience, avant toute théorie causale. Le principe : "retourner aux choses elles-mêmes". La phénoménologie montre que la description d'une expérience est déjà une connaissance complète, indépendante de son explication.

→ Le sens avant le comment

Persona

Chez Jung, le masque social que chacun présente aux autres : non un mensonge, mais une façade nécessaire, derrière laquelle se trouvent l'ombre et le reste de la psyché.

Possession

Chez Jung, l'état dans lequel une énergie psychique a pris le pouvoir sur le moi sans que celui-ci s'en aperçoive : il croit librement vouloir ce à quoi il est en réalité assujetti. Ce que les Anciens nommaient être possédé par un dieu.

Principe anthropiqueCarter

Constat que l’univers paraît ajusté pour permettre la vie. Version faible : nous ne pouvons observer qu’un monde compatible avec notre existence.

→ L’univers ajusté

Psychē

En grec, l'âme : principe vital et pensant, racine de « psychologie » et de « psychanalyse ».

Qaḍāʾقضاء

L’accomplissement : l’acte d’agir à l’intérieur de l’ordre (qadar). De la même racine, le qāḍī, le juge, qui yaqḍī : il tranche selon des lois établies, sans les inventer.

→ Le libre arbitre et le décret

Qadarقدر

La mesure : la racine évoque ce qui est proportionné. Lu comme l’ordre et les lois donnés à la création, non comme un scénario écrit d’avance.

→ Le libre arbitre et le décret

Qalamقلم

La plume. De la racine q-l-m, couper, tailler (cf. taqlīm). Dans la lecture de Shahrour, le calame renvoie à la faculté de distinguer, de séparer entre les choses, mécanisme de tout savoir.

→ Le premier mot

Qalb

Le cœur : dans le Coran, non le siège de la seule émotion, mais l’organe de la compréhension, de la foi et de la décision. Il peut être sain (salīm), malade, durci ou scellé. C’est là que le savoir devient conviction.

Qalb · qalb salīmقلب · قلب سليم

Le cœur : dans le Coran, non le siège de la seule émotion, mais l’organe de la compréhension, de la foi et de la décision. Il peut être sain (salīm), malade, durci ou scellé. C’est là que le savoir devient conviction.

→ Le cœur

Raziyyat al-Khamīsرزية الخميس

La "Calamité du Jeudi" : épisode rapporté dans Sahih Bukhari et Sahih Muslim (Bukhari 4168-4169, Muslim 1637). Le jeudi précédant sa mort, le Prophète demanda de quoi écrire un testament qui préserverait sa communauté de l'égarement. Omar ibn al-Khattab s'y opposa en disant "le Livre de Dieu nous suffit." Une dispute éclata entre les Compagnons. Ibn Abbas qualifiera cet épisode de plus grande calamité pour l'islam. L'événement est reconnu et transmis par la tradition sunnite elle-même.

→ La source et le fleuve

Rijālرجال

Littéralement "les hommes" : science islamique classique d'étude des transmetteurs de hadith. Chaque narrateur de la chaîne de transmission est évalué sur sa fiabilité, sa mémoire, ses maîtres et élèves. Constitue avec le jarḥ wa-ta'dīl le principal outil de critique des hadith développé par la tradition.

→ La source et le fleuve

Rhétorique sémitiqueنظم

L’art de composer par symétries, propre à la Bible et au Coran ; et l’analyse de cette composition (Meynet, Cuypers).

→ La rhétorique sémitique

Rūḥروح

L’esprit. Dans la lecture symbolique (Shahrour), non une substance mais l’ordre divin (al-amr) et le saut vers la pensée abstraite : « l’esprit relève de l’amr de mon Seigneur » (17:85).

→ Le souffle

Ruʾyā

Le rêve prophétique ou véridique dans la tradition islamique : une des 46 parties de la prophétie selon un hadith. Distingué du ḥulm.

Salafismeسلفية

Mouvement qui prône un retour à la pratique des « pieux ancêtres » (al-salaf al-ṣāliḥ), perçue comme la forme la plus pure de l'islam. Très lié à l'atharisme sur le plan théologique.

Sentiment d’infériorité

Chez Alfred Adler, le sentiment, commun à tout enfant face aux adultes, d'être petit et dépendant ; un point de départ, pas un défaut, autour duquel s'organise une grande partie de la vie psychique.

Shahāda

Le visible, le monde sensible dans la cosmologie islamique. Aussi : l’attestation de foi (il n’y a de dieu que Dieu). Le contexte distingue les deux sens.

Sharīʿa

Littéralement 'le chemin vers la source d'eau' : la loi islamique dans son ensemble, couvrant le rituel, l'éthique, le droit. Souvent réduit à la dimension pénale dans le discours public, alors qu'elle est beaucoup plus large.

Soufiصوفي

Relatif au soufisme, courant mystique de l'islam centré sur la purification intérieure et la proximité avec Dieu. Historiquement très lié à l'ashʿarisme et au māturīdisme.

Soi

Chez Jung : le Soi est le centre total de la psyché ; l'ombre, la part de nous que nous refusons de voir.

Soi · OmbreJung

Chez Jung : le Soi est le centre total de la psyché ; l'ombre, la part de nous que nous refusons de voir.

→ Le Confluent · L'ombre et le nafs

Sublimation

Chez Freud, le déplacement de l'énergie pulsionnelle vers un but non sexuel et socialement valorisé : art, pensée, action.

Sunan Allāhسنن الله

Les lois constantes de la création, l’ordre régulier que Dieu a institué et qui « ne change pas ».

→ Le problème du mal

Ta˻bīr · ruʼyāتعبير

L’interprétation des songes. La tradition distingue le rêve véridique (ruʼyā), les échos du jour (ḥadīth al-nafs) et le rêve de trouble (ḥulm).

→ Les rêves : de Yūsuf à Jung

Tafsīrتفسير

L'exégèse coranique : le commentaire et l'interprétation du texte coranique. Discipline immense de la pensée islamique, qui comprend des milliers de volumes sur plus de quatorze siècles. Diffère du taʾwīl, qui désigne une interprétation plus profonde ou allégorique.

→ La source et le fleuve · → La lecture symbolique

Taklīfتكليف

L’obligation, donc la responsabilité morale. Elle suppose la raison (ʿaql) et la capacité (qudra) : nul n’est tenu au-delà de ce qu’il peut (Coran 2, 286).

→ Le libre arbitre et le décret

Taṇhā

Dans le bouddhisme, la soif, l'attachement qui s'accroche à ce qui change : la racine de la souffrance (dukkha) selon le deuxième des Quatre Nobles Vérités.

Taqdīr

Le décret divin dans la pensée islamique : l'idée que Dieu connaît et a 'mesuré' toute chose. Au cœur du débat sur le libre arbitre.

Taqlīdتقليد

Dans la tradition islamique, le fait de suivre l'opinion d'un savant ou d'une école sans en examiner les fondements. Contraire de l'ijtihād. À partir du IVe siècle de l'hégire, le taqlīd est devenu la pratique dominante dans les grandes écoles juridiques, au détriment du raisonnement indépendant.

→ La source et le fleuve

Taqwā

Souvent traduit par 'crainte de Dieu' ou 'piété', mais mieux rendu par 'conscience de Dieu' : un état d'attention intérieure qui guide les actes, moins une peur qu'une présence.

Tawḥīdتوحيد

L'unicité : l'idée que tout le réel tient sous un seul principe, une seule source.

→ Les signes

Tafwīdتفويض

La "remise" ou "délégation" : posture théologique classique qui consiste à affirmer pleinement le sens des attributs divins sans chercher à en préciser la modalité. On dit que Dieu "a une Main" sans demander "comment". Ce n'est pas de l'ignorance, c'est la reconnaissance que le sens n'attend pas la modalité pour être réel. Formulé classiquement : bilā kayf, "sans demander comment".

→ Le sens avant le comment

Taʾwīlتأويل

L'interprétation : le retour au sens profond quand la lettre heurte ce que la raison démontre.

→ Averroès · La lecture symbolique

Tanzīhتنزيه

L'absolue transcendance de Dieu : le principe selon lequel rien dans le créé ne Lui ressemble (Coran 42:11). Fondement déclaré de la méthode ashʿarite (interpréter pour préserver ce principe) comme de la méthode athari (affirmer sans demander comment, pour ne pas l'enfreindre).

L'autre histoire de l'islam sunnite

Tazkiyat al-nafs

La purification de l'âme dans la tradition islamique : un travail intérieur de discipline et d'affinement qui vise à conduire le nafs ammāra vers la paix du nafs muṭmaʾinna. Proche de l'individuation jungienne dans son mouvement, différent dans son opération : l'islam purifie là où Jung intègre.

ThéodicéeLeibniz

La « justice de Dieu » : tout effort pour concilier l’existence du mal avec un Créateur bon et tout-puissant.

→ Le problème du mal

Umm al-Kitābأمّ الكتاب

La « Mère du Livre » : pour Shahrour, la part législative et morale, le message adressé à la conduite.

→ Shahrour : le Livre et le Coran

Ummīأمي

Traditionnellement « illettré », d’où l’idée d’un miracle. Mais dans le Coran les ummiyyūn s’opposent aux gens du Livre, juifs et chrétiens (3:20 ; 62:2) ; Shahrour y lit « qui n’appartient pas à la communauté du Livre », un gentil, proche de l’hébreu goy.

→ Le premier mot

Verdrängung

Le refoulement chez Freud : le mécanisme par lequel un contenu psychique inacceptable est repoussé hors de la conscience, sans disparaître.

Voie négative

Parler de Dieu en disant non ce qu’il est, mais ce qu’il n’est pas, pour ne pas le réduire à nos idées. Proche du tanzīh, l’absolue transcendance ; Maïmonide en fit une méthode.

→ Raison et révélation

qalb salīm

Le cœur : dans le Coran, non le siège de la seule émotion, mais l’organe de la compréhension, de la foi et de la décision. Il peut être sain (salīm), malade, durci ou scellé. C’est là que le savoir devient conviction.

Yetser ha-ra

Dans la pensée juive, le penchant mauvais : une inclination intérieure à dominer plutôt qu'une force extérieure, proche en cela du hawā coranique.

Wahhabiteوهابية

Relatif au wahhabisme, courant religieux né du pacte de 1744 entre Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhāb et Muḥammad ibn Saʿūd. Doctrine officielle de l'État saoudien ; ses partisans préfèrent généralement « salafi » ou « athari ».

L'autre histoire de l'islam sunnite

Walāyaولاية

La proximité sanctifiante avec Dieu, la sainteté dans la tradition soufie. Le walī (saint, « ami de Dieu ») en est le porteur ; Khidr en est une figure majeure.

Ẓāhir

Le caché et l’apparent : les deux régimes d’un texte, sa lettre immédiate et son sens profond.

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